أخبار وطنية Dans une lettre de soutien de Latifa Lakhdhar: Bochra, nous ne te lâcherons jamais à la rage des humains
Dans une lettre de soutien, l'intellectuelle et ancienne ministre de la culture Latifa Lakhdhar a exprimé son appui à Bochra Bel Haj Hmida présidente du COLIBE (Commission des libertés individuelles et de l'égalité) suite aux menaces dont elle a fait l'objet.
Nous publions le texte intégral de la lettre:
Bochra, nous ne te lâcherons pas aux chiens
Pour avoir choisi d'adhérer -et de la manière la plus déterminée et la plus consentie- au modèle démocratique, nous sommes conscients d'avoir consenti du même coup, à accéder au type de société ouverte, ouverte au bien, mais ouverte aussi au mal, ouverte à la tolérance et à la transcendance des droits humains, mais ouverte aussi à la haine sécrétée par l'ignorance sacrée, ouverte aux valeurs qui tirent vers le haut, mais ouverte aussi aux loups à l'esprit fasciste et aux brebis à l'esprit plat...
Bref, ouverte à une lutte âpre, passage obligé pour une jeune démocratie. Aux réactions haineuses, violentes, vindictives de tous ceux et celles qui se croient porteurs de la vérité divine, nous disons ceci:
Si une société se pose un problème, c'est qu'elle est en mesure de l'assumer et de se battre pour le résoudre et que, dans ce sens, la Colibe, n'a fait qu'exprimer une grande demande de justice, de liberté et d'égalité, souhaitée, portée et assumée par une bonne partie de notre société depuis les années trente, au moins.
Rien n'est fortuit et rien n'est sans fondement social et historique. La commission, encore une fois, par ses propositions, a la légitimité de l'histoire, de l'histoire de notre État national, en plus d'avoir celle de la Constitution et de la révolution qui n'est révolution que par les différentes ruptures qu'elle est en mesure de marquer.
Il est classique pour ne pas dire banal, que les réflexes endrocentriques, les plus frileux, les plus dogmatiques, les plus fous, les plus méchants, se mettent à fonctionner dès que l'idée d'une réforme du système patriarcal s'exprime.
Les gardiens du clergé et leur foule fanatique et fanatisée n impressionnent aucunement ceux qui sont bien au courant de leur histoire.
Contrairement aux prétentions à caractère théologique -qui n'ont d'ailleurs pas changé de contenu depuis la campagne meurtrière et criminelle orchestrée contre Tahar Haddad dans les années trente- les propositions sur plus d'équité, de liberté et d'égalité pour les hommes et les femmes en Tunisie, ne situent pas le débat dans le terrain de la foi et de la non foi, mais dans celui de la pratique politique et de l État comme ensemble d'institutions appelé à se dégager de la construction cléricale moyen-âgeuse totalitaire pour accéder au statut d État de droit.
Enfin, les membres de la Colibe, ont réalisé un projet qui dénote d'un effort titanesque d'harmonisation des lois pour l'accomplissement de l'État de droit, l'histoire retiendra la grandeur de leur œuvre comme elle a retenu la grandeur de ceux et celles qui avaient eu, pour leur pays et leur époque, le courage d'aller vers les vrais tournants de l'histoire.
Bochra, nous ne te lâcherons jamais à la rage des humains.